A new vision for agriculture
momagri, movement for a world agricultural organization, is a think tank chaired by Christian Pèes.
It brings together, managers from the agricultural world and important people from external perspectives,
such as health, development, strategy and defense. Its objective is to promote regulation
of agricultural markets by creating new evaluation tools, such as economic models and indicators,
and by drawing up proposals for an agricultural and international food policy.
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The milk crisis : “dying for ideas”



Robin Vergonjeanne, Terre-net Magazine


Article published in Terre-net



« Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure
Allons vers l'autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure
Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain
Or, s'il est une chose amère, désolante
En rendant l'âme à Dieu, c'est bien de constater
Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée
Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente »


Ces quelques vers fredonnés par Georges Brassens m’inspirent. Ils me font penser à la situation déplorable de la Ferme France avec ses éleveurs laitiers qui s’éteignent un à un. Eux qui une fois qu’ils auront arrêté la machine à traire, ne la remettront plus jamais en route.

Il aura fallu un an et demi. Un an et demi de crise après l’arrêt des quotas pour « juger qu’il y a suffisamment péril en la demeure » et voir poindre les premières velléités de régulation de la production en Europe. Mieux vaut tard que jamais, me direz-vous. Dans l’espoir que l’offre laitière se contracte, la France indemnisera ses producteurs à hauteur de 240 € la tonne non produite, puis 140 €/t au-delà de -5 % du volume. Et après ? Cette mesure aura-t-elle l’effet escompté ? Fera-t-elle remonter mécaniquement les prix ? Rien n’est moins sûr.

Cette incitation à réguler les volumes coûtera plus de 150 millions d’euros aux contribuables, sans compter les précédentes enveloppes dont l’inefficacité fut redoutable. Pourtant, les quotas, « simple » dispositif réglementaire, ne coûtaient presque rien. Comme le chantait Brassens, ce serait « bien de constater qu’on a fait fausse route, qu’on s’est trompé d’idée » en laissant les industries et les coopératives laitières gérer les volumes au détriment des prix. À l’évidence, leurs intérêts semblent parfois difficilement conciliables avec ceux des producteurs de lait. Courageusement, de nombreux éleveurs sont allés à Laval occuper le « rond-point de la honte du lait », espérant partager le volumineux bas de laine de la famille Besnier. J’estime que c’est à nos élus de reprendre le pouvoir sur ces entreprises qui ne travaillent pas dans l’intérêt commun.

Bien sûr, nul n’est devin. Difficile en effet de prévoir la crise provoquée par l’embargo russe ou le ralentissement des achats chinois. La reprise des cours balbutie, mais tout porte à croire que le nouveau prix d’équilibre mondial n’atteindra pas de sitôt les niveaux d’antan. Le marché du lait, comme désormais la plupart des produits globalisés, subit inéluctablement des soubresauts que même les meilleurs économistes ne parviennent pas à expliquer avant le lendemain.

Plus que jamais, les producteurs devront avoir les reins solides et s’accrocher grâce aux dialyses que la France et l’Europe leur prescriront régulièrement. Contraindre par la loi les laiteries et les éleveurs me semblerait plus courageux et vertueux que de devoir mettre la main au porte-monnaie pour les inciter à ne pas produire. Les mesures prises ne suffiront sans doute pas à désamorcer l’hécatombe en cours. Au mieux, elles la ralentiront. Doit-on pour autant laisser mourir la filière laitière pour des pensées néo-libérales sans garde-fou ni contrepartie ? « Il arrive qu’on meure pour des idées n’ayant plus court le lendemain. »


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Paris, 20 September 2018