A new vision for agriculture
momagri, movement for a world agricultural organization, is a think tank chaired by Christian Pèes.
It brings together, managers from the agricultural world and important people from external perspectives,
such as health, development, strategy and defense. Its objective is to promote regulation
of agricultural markets by creating new evaluation tools, such as economic models and indicators,
and by drawing up proposals for an agricultural and international food policy.
Focus on issues

The Russian embargo: Almost two years on



Thierry Pouch, Head of Economic Studies at the Permanent Assemblies of Chambers of Agriculture (APCA)



It’s nearly two years since Moscow imposed an embargo on agricultural produce from Europe, the US, Norway, Australia and Canada, in response to sanctions imposed against Russia amid the Ukraine crisis. Initially decreed for a one year period, the ban concerns beef, pork, poultry, fish, cheese, milk and dairy produce, vegetables and fruit.

In his last article for the Lettre Economic for the Permanent Assembly of Chambers of Agriculture (APCA)
1, Thierry Pouch gives a negative outlook as much for European agriculture as for the Russian economy, while Moscow is currently not looking to lift the embargo.

Falling prices, the high cost of inputs and the embargo on trade with Russia are factors that today jeopardize the viability of many producers and threaten the sustainability of Europe’s agricultural production. The Russian embargo would represent a direct loss of 5.2 billion euros per year, according to FNSEA (National Federation of Agricultural Holders' Unions). In Russia, despite the slowdown in inflation, prices soared in late 2014 and early 2015 as a result of the ruble’s collapse and the embargo on many Western food products
2.

One man’s loss is another man’s gain and it is ultimately the new agricultural powers that have benefited from the current situation, finding a place on the Russian market. The windfall effect has benefited emerging economies of Latin America such as Brazil for beef and poultry.

Geopolitical tension on economic activity, to the detriment of European farmers, in the short-term should push Brussels to speed up diplomatic negotiations with Moscow, but above all encourage the European Union to reconsider the importance of its Agriculture to better anticipate future geo-economic tensions. Because faced with the Russian embargo and in a context of latent agricultural crisis, it has never been more urgent to adopt a true European agricultural policy capable of ensuring the future of its farmers and its citizens.


momagri Editorial Board



Il y a presque deux ans, à la faveur de la crise ukrainienne, l’UE infligea des sanctions financières à la Russie. En contrepartie, Moscou instaura un embargo commercial à l’encontre de l’UE et de quelques autres pays, embargo dirigé contre des produits agricoles et alimentaires. Manifestement, aucun signe n’est fourni par les autorités russes pour laisser entrevoir le terme de cet outil de rétorsion commerciale. A quelques encablures du second anniversaire de cet embargo, il est suggéré d’en dresser le bilan, hélas provisoire.

Dans la crise actuelle que traverse le secteur de l'élevage, le lait et le porc apparaissent comme particulièrement touchés. Pour mémoire, les producteurs de viande porcine ont subi un double préjudice économique. Le premier est la conséquence de l'embargo sanitaire instauré en février 2014, suivi d'un second, commercial, en août de la même année, et consécutif de la crise ukrainienne.

Concernant le lait, la Russie était jusque là, l'un des principaux importateurs mondiaux de fromages. La fermeture du marché russe a lourdement affecté les résultats économiques des exploitations d'élevage et des firmes de la transformation qui exportaient vers la Russie. A quatre mois du second anniversaire de l'embargo décidé par les autorités russes, il est recommandé de dresser une sorte de bilan économique. Il ne peut être que globalement négatif, tant pour Moscou que pour les producteurs européens.

Négatif d'abord en raison de l'inflation sur les prix des produits alimentaires qui caractérise l'économie russe. Elle se situe aux alentours de 15 %, pénalisant les consommateurs qui non seulement paient plus cher leur alimentation - avec des pics inflationnistes bien plus élevés dans les provinces de la Russie - mais sont également exposés à des rationnements par les quantités puisque les produits ne rentrent plus, ou en moins grand nombre - là encore, les provinces sont les plus touchées.

Négatif ensuite pour les exportateurs européens. Sur l'année 2014/2015, les exportations européennes et singulièrement françaises se sont effondrées dans la plupart des secteurs, viande bovine, porcine, et produits laitiers.

C'est ce qu'indique le graphique ci-dessous
3. Il y a eu depuis des compensations, lesquelles dans l'ensemble sont restées partielles, en particulier vers l'Asie. Négatif enfin, dans la mesure où aucune perspective de restauration des flux commerciaux ne semble se dessiner dans un avenir proche. Au regard de la dégradation des résultats économiques des élevages, l'Union européenne et les pays membres n'auraient-ils pas intérêt à réexaminer leur position? Car la question reste entière : pourquoi faire supporter les préjudices d'un embargo sur des agriculteurs qui ne sont pour rien dans la crise géopolitique qui continue de secouer Bruxelles et Moscou?

Toutefois, il n'y a pas que des perdants dans l'affaire. Une population doit continuer de se nourrir pour vivre. Sachant pertinemment que la rupture des approvisionnements en provenance de l'UE risquerait d'occasionner des tensions sociales, les autorités russes avaient anticipé et diversifié leurs fournisseurs. Outre des pays comme la Turquie - même si les relations commerciales semblent se dégrader du fait du conflit syrien, l'Equateur, le Chili... c'est le Brésil qui s'est positionné sur le marché russe. Il suffit de prendre l'exemple de la viande porcine. Les exportations brésiliennes de viande de porc vers la Russie ont en effet connu une nette progression depuis deux ans, croissance stimulée non seulement par l'ouverture du marché russe, mais aussi par une parité monétaire du Real très favorable à la compétitivité-prix de ces exportations. La baisse du prix du porc à l'exportation a pu ainsi être compensée par la dépréciation de la monnaie vis-à-vis du dollar. Enfin, il convient d'indiquer que les industriels russes de l'agroalimentaire semblent se satisfaire de l'embargo, dans la mesure où ils écoulent leurs propres productions sur le marché, tout en relevant leurs prix au passage, ce qui leur procure une marge confortable.

Ces éléments conduisent à penser que l'une des clés de résolution de la crise de l'élevage en Europe, mais également des difficultés quotidiennes rencontrées par la population russe pour se procurer des biens alimentaires, réside dans la recherche d'une solution diplomaticoéconomique entre l'UE et la Russie. Cela limiterait sans doute d'une part les risques de tensions sociales en Russie et, d'autre part, la multiplication des cas de détresse chez les éleveurs européens et singulièrement français.


1 Retrouvez l’intégralité de l’éditorial de Thierry Pouch en suivant ce lien
http://www.chambres-agriculture.fr/chambres-dagriculture/nos-publications/(...)/

2 Constat notamment dressé par Czeslaw Adam Siekierski, le président de la Commission de l'agriculture du Parlement européen, dans sa question orale adressée à la Commission européenne le 4 avril 2016.
3 A consulter en téléchargeant l’intégralité de la lettre économique
http://www.chambres-agriculture.fr/chambres-dagriculture/nos-publications/(...)/



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Paris, 14 December 2018