A new vision for agriculture
momagri, movement for a world agricultural organization, is a think tank chaired by Christian Pèes.
It brings together, managers from the agricultural world and important people from external perspectives,
such as health, development, strategy and defense. Its objective is to promote regulation
of agricultural markets by creating new evaluation tools, such as economic models and indicators,
and by drawing up proposals for an agricultural and international food policy.
Focus on issues

Rebound of foreign direct investment to France:
An advantage for agriculture?



Quentin Mathieu, economic letter of the APCA, april 2016



The latest results issued by the Banque de France are showing a net improvement of the French balance of payments, thanks to a strong increase of foreign direct investment (FDI), which reached its highest level since 2008––over $44 billion in 2015. France is again an attractive destination, and the value of its agricultural and agribusiness resources and of the “Made in France” label is a convincing element. In 2012, agribusinesses accounted for 10 percent of total FDI to France, and 2015 marks their strong resurgence. The recent acquisitions of milk drying plants in Brittany by the Chinese group Synutra are one of the examples.

In a report by Quentin Mathieu published in the latest issue of the APCA economic letter, which we are printing below
1, the economist writes about the windfall for French agriculture triggered by this resurgence of FDI to France. While he covers the genuine opportunity by these investment operations, especially for cooperative firms, he also warns against possible speculative distortive practices that could lead to land acquisitions going against the country’s enhancement of resources. Finally, he calls for a new approach to production in French agriculture, a crucial pre-requisite to make viable and transparent any investment in the sector. While FDI contributes to improving the value of the French economic landscape, the acquisition of French farmland by Chinese management funds can also quickly become “a risk for France’s food independence and sovereignty” says Thierry Pouch, as he touches upon the 17,000 hectares of grain farmland purchased in the Berry region by a Chinese conglomerate2.


momagri Editorial Board



Le récent investissement de Synutra pour la création de deux nouvelles usines de séchage de lait dans le Finistère pour un montant de 200 millions d’euros prouve deux choses : les investisseurs étrangers reviennent en force sur le territoire français depuis 2015, et l’agroalimentaire affirme sa position de secteur stratégique dans le paysage économique français. Le regain d’intérêt que portent les investisseurs étrangers envers le territoire français est une réelle opportunité pour les agriculteurs, afin de trouver et de pérenniser de nouveaux débouchés rémunérateurs. Ces investisseurs étrangers cherchent quant à eux à profiter de la qualité et de la sécurité du « Made in France » pour approvisionner leur marché intérieur. Mais l’arrivée de tels capitaux ne doit pas occulter certaines dérives économiques engendrées par ces investissements.

Les derniers résultats publiés par la Banque de France indiquent une nette amélioration du solde de la balance des paiements française, notamment grâce à une forte hausse des investissements directs en provenance de l’étranger (IDE), qui atteignent leur plus haut niveau depuis 2008 (plus de 44 milliards de dollars en 2015). Le triplement de ces IDE entre 2014 et 2015 provient principalement d’opérations de fusion-acquisition de grands groupes industriels, tels Lafarge-Holcim, et aussi d’une amélioration de la compétitivité et de l’environnement des affaires. Les réformes menées en faveur de la simplification pour l’installation d’entreprises étrangères, ainsi que la fluidification du marché du travail, ont constitué de réels avantages pour les investisseurs étrangers.

Les ressources agricoles sont régulièrement citées dans les points forts pour les choix d’investissements en France. La structuration du tissu agricole grâce au réseau de coopératives, dont sept d’entre elles font partie du top 20 européens des coopératives les plus performantes, représente un catalyseur essentiel dans l’exploitation et la valorisation de ces ressources. En 2012, l’industrie agroalimentaire représentait de 18 à 20 % du chiffre d’affaires total de l’industrie manufacturière, secteur matérialisant 10 % des IDE totaux entrant en France. La tendance depuis deux ans montre un accroissement des partenariats avec des entreprises étrangères, et des prises de participation significative dans le capital des coopératives. Audelà de l’exemple de Synutra et Sodiaal, on peut aussi citer l’entrée de Dawn Meats dans le capital d’Elivia (filiale de Terrena) à hauteur de 49 % en 2014, ou le rapprochement entre Cristal Union et American Sugar Refining. Ces opérations financières ont pour objectif d’optimiser les coûts de revient et les débouchés pour les entreprises réceptrices, et de sécuriser les approvisionnements pour les entreprises étrangères. Pourtant, ce regain d’intérêts des investisseurs étrangers ne doit pas masquer certaines failles de l’agriculture française face à l’arrivée de capitaux extérieurs. L’érosion du secteur coopératif laisse transparaître des inégalités de croissance entre les secteurs agricoles, et le récent retournement de la conjoncture mondiale sur les marchés des matières premières agricoles risquent de renforcer cette disjonction. Les relations conflictuelles entre les différents maillons des filières peuvent aussi être un frein pour attirer des investisseurs étrangers et bonifier les capitaux injectés. Par ailleurs, la constante progression de l’urbanisation accroit la valeur vénale des terres agricoles convoitées pour des projets immobiliers.

L’extrême volatilité du secteur immobilier, qui représente 19 % des IDE en France, attire des investisseurs à la recherche de rendements importants sur un horizon de court terme. Les comportements spéculatifs peuvent alors détourner les capitaux vers l’achat de ces terres, au détriment de la valorisation des ressources qu’elles pourraient générer, à la fois en matière de biens alimentaires, d’emplois et de bien être environnemental.

De plus, les structures environnantes (physiques et réglementaires) doivent être suffisamment performantes pour garantir la diffusion des gains engendrés par les investissements étrangers. Les richesses créées peuvent être en grande partie captées par l’entreprise étrangère, ce qui minimise les externalités positives produites par les IDE (recettes fiscales, emplois supplémentaires sur l’ensemble de la chaîne de valeur, renchérissement du prix payé au producteur).

Il est donc essentiel de s’interroger sur la capacité d’absorption d’un pays comme la France de ces IDE dans le secteur agricole, afin d’évaluer les avantages/ coûts/bénéfices pour l’agriculture française. Enfin, le dynamisme de ces flux de capitaux étrangers ne doit pas masquer la demande atone qui persiste en France sur le secteur agricole et agroalimentaire. Le marché est à maturité depuis plusieurs années, et les carnets de commandes ne se remplissent pas assez alors que la situation est à la surproduction dans certaines filières. Au contraire, d’autres filières ne produisent pas assez pour le marché interne, certaines productions étant accaparées par les exportations vers les pays tiers, ce qui impose donc d’importer pour satisfaire la demande interne. A titre d’exemple, 30 % de la viande de volaille consommée en France est importée (majoritairement dans la restauration hors domicile), alors que la production intérieure est supérieure à la consommation. Un redéploiement de l’appareil productif interne semble donc être prioritaire, avant même d’envisager des partenariats avec des entreprises étrangères. Rajoutons que la montée des IDE doit aussi être l’occasion de repenser l’appareil productif de l’agriculture française. La conversion vers des productions biologiques, et l’usage des nouveaux moyens 2.0 pour une agriculture de précision, sont deux moteurs de croissance plausibles. La levée de fonds en 2014 de 15 millions de dollars par la start-up américaine Business Farmer NetWork (spécialisée dans la collecte et l’analyse de données agricoles), dirigée par le fond d’investissement Google Venture, montre l’attrait grandissant suscité par le croisement de l’agriculture et du numérique. Des capitaux sont à aller chercher auprès d’investisseurs étranges pour financer ce type de projets dans l’agriculture française.


1 The entire economic lette is available from
http://www.chambres-agriculture.fr/chambres-dagriculture/(...)/lettre-economique-formation-des-agriculteurs-avril-2016/

2 http://www.franceinfo.fr/fil-info/article/achat-de-terres-agricoles-par-des-investisseurs-chinois-un-danger-(...)


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Paris, 11 December 2018