A new vision for agriculture
momagri, movement for a world agricultural organization, is a think tank chaired by Christian Pèes.
It brings together, managers from the agricultural world and important people from external perspectives,
such as health, development, strategy and defense. Its objective is to promote regulation
of agricultural markets by creating new evaluation tools, such as economic models and indicators,
and by drawing up proposals for an agricultural and international food policy.
A look at the news

Soutenabilité, Stabilité, Sécurité : Pourquoi lutter contre le dérèglement climatique est un investissement dans la paix et la sécurité



Fond Mondial pour la Nature (WWF), Novembre 2017

20 Novembre 2017

Le dérèglement climatique est un enjeu de stabilité et de sécurité pour l’ensemble de la population mondiale, telle est la formule qui pourrait résumer un intéressant rapport publié récemment par le Fond Mondial pour la Nature (WWF) et dont nous reproduisons ci-après quelques extraits. Passant en revue les principaux dangers qui affectent les différents compartiments de l’environnement et les différentes régions du monde, il aboutit à des recommandations principalement relatives à l’expertise et à la sensibilisation des populations même si l’on retrouve également les injonctions habituelles sur le renforcement des coopérations internationales et l’augmentation des financements des actions liées à l’adaptation au changement climatique ; ces dépenses devant être considérées « comme un investissement dans la sécurité locale et mondiale ».

Les liens entre changement climatique, sécurité alimentaire et migration sont abordés à plusieurs reprises et sous différents angles le plus souvent complémentaires. Comme les auteurs le soulignent « le dérèglement climatique ne peut être dissocié des problèmes d’approvisionnement énergétique, de disponibilité des ressources, ou de sécurité alimentaire car ces enjeux sont interdépendants ». Pour autant, la question de l’agriculture est parfois réduite à une seule entrée relative à l’accès aux ressources naturelles, contribuant à un parallèle assez limitatif avec le secteur des pêches : non, l’agriculture n’est pas une activité de cueillette ! Cette réduction devient préjudiciable à l’analyse quand le thème des migrations est abordé, car ce n’est pas tant l’insuffisance des ressources qui explique les migrations que la dégradation des conditions socio-économiques de la production agricole. Cette objection n’est pas neutre car elle permet de s’écarter du déterminisme et de resituer les politiques agricoles stabilisatrices et durables dans la gamme des solutions. Car si les politiques agricoles, notamment les politiques de stockage, ont de longue date été le moyen de stabiliser et de sécuriser face aux aléas climatiques, à l’heure où l’on parle de lutter contre le dérèglement climatique, ces politiques sont largement prohibées par les règles du commerce international ! Investir dans des politiques agricoles stabilisatrices et durables, si possible via une coopération internationale renouvelée, doit être vu comme le moyen de limiter notre vulnérabilité au changement climatique !

La rédaction de Momagri



La volonté de capter des ressources naturelles - qu’il s’agisse de matières premières agricoles, minérales ou de ressources énergétiques fossiles ou renouvelables - est une clé explicative de nombreux conflits depuis longtemps, mais l’association de la croissance de la demande (notamment dans les pays en développement) et du dérèglement climatique constitue une menace supplémentaire pour la stabilité. En effet, dans un contexte où plusieurs acteurs luttent pour les mêmes ressources, le dérèglement climatique et ses conséquences font peser des risques de tensions liées à l’approvisionnement en ressources, notamment dans les pays dépendants. […]

Concernant les matières premières, le constat est identique. La compétition pour accéder à l’eau douce, aux terres cultivables, aux poissons, aux céréales, existe et est à l’origine de tensions depuis longtemps. De façon plus évidente encore, le dérèglement climatique et ses conséquences sont susceptibles d’accentuer la compétition, de provoquer de l’instabilité et de mener à des conflits violents. L’exemple des fronts pionniers en Amazonie et des conflits entre les chasseurs cueilleurs et les agriculteurs nouvellement installés montre comment la lutte pour des terres peut créer des tensions dans la population. La concurrence pour accéder à des ressources qui seront de plus en plus rares dans certaines régions en raison des changements climatiques ne peut que s’accentuer et aboutir à des conflits plus nombreux et plus intenses car dans le même temps, la demande augmente dans les régions où la population croît et où le développement économique est rapide. Ces orientations contradictoires (plus de besoins, moins de ressources) risquent d’aboutir à une instabilité chronique des territoires, spécialement dans ceux qui regroupent des communautés différentes qui se sont opposées par le passé et dans ceux où les ressources sont déjà restreintes. Plusieurs études ont également établi le lien entre la surpêche étrangère et les pollutions (qui ont réduit les stocks de poissons disponibles pour les populations locales) et le développement de la piraterie. De la même façon, la réduction des stocks de poissons causée par le changement climatique provoquera la perte de la principale source d’alimentation et de revenus pour des populations entières qui devront se retourner vers d’autres activités, parfois criminelles, pour survivre.

L’un des principaux effets du changement climatique est la migration, le déplacement massif de populations. En effet, qu’il s’agisse d’une catastrophe soudaine ou d’une longue sécheresse, lorsqu’un aléa climatique vient détruire les lieux de vie ou les moyens de subsistance des populations, celles-ci n’ont d’autres choix que de se déplacer pour espérer survivre ailleurs. On constate déjà de nombreux mouvements de populations dans le monde qui s’expliquent par des problèmes environnementaux et ces migrations « environnementales » ou « climatiques » vont se développer dans les années à venir. Pour certains, c’est inéluctable. Il s’agit des États insulaires dont les îles seront submergées en raison de la montée du niveau des mers. Les habitants seront dans l’obligation de se déplacer dans des îles ou pays voisins. Dans d’autres territoires, des risques de migrations existent mais ils ne sont pas totalement prévisibles. Globalement, l’insuffisance des ressources accélèrera la migration de plusieurs millions d’habitants vers des zones urbaines, dans des villes souvent très peuplées comme Mexico ou New Delhi. Dans ces régions, les autorités devront apporter des ressources (logement, énergie, emplois…) aux nouveaux arrivants alors qu’elles peinent déjà à s’occuper des populations présentes. Ce contexte est un terreau fertile à l’émergence de tensions entre anciens et nouveaux habitants, lesquels pourraient devoir affronter l’hostilité d’une partie de la population de la région d’accueil qui endure déjà des problèmes de santé, de travail ou de logement et se sent défavorisée ou exclue. En 2008, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estimait le nombre de personnes déplacées à cause du changement climatique entre 250 millions et 1 milliard d’ici 2050 (Johnstone). Ce chiffre comprend à la fois des migrations internationales et internes. En effet, certains pays connaissent des migrations internes entre différentes régions du pays. C’est le cas du Tchad qui connait des migrations du Nord vers le Sud car le Sud est plus vert et offre davantage d’opportunités. Hindou Oumarou Ibrahim, coordonnatrice de l’Association des femmes peules autochtones du Tchad (AFPAT) explique que ces migrations sont à l’origine de conflits intercommunautaires. Si ce n’est pas le cas partout, chacun peut constater que le flux de réfugiés actuel (faible en comparaison de ce que le dérèglement climatique va provoquer) alimente les débats et oppositions au sein des pays occidentaux. Si le nombre de réfugiés venait à se multiplier, il est probable que ces oppositions se cristallisent et que des tensions des réfugiés et des habitants qui ne souhaitent pas les accueillir ou entre les habitants pro-accueil et anti-accueil. Cette tendance est reconnue par tous les pays et de plus en plus d’États plaident pour la reconnaissance internationale de ces migrations induites par l’environnement et la protection des « réfugiés climatiques ».

Deux grands accords ont été conclus en 2015. L’Accord de Paris, premier accord universel sur les changements climatiques, prévoit dans son article 2 de contenir « l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques » (UNFCCC, 2015). L’année 2015 a également été marquée par l’adoption du nouveau Programme de développement durable, à l’unanimité par les 193 Etats membres des Nations unies. Ce programme « Transformer notre monde : le Programme de développement durable à l’horizon 2030 » (UN, 2015) s’appuie sur 17 objectifs globaux, les objectifs de développement durable (ODD) qui remplacent les objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ces deux accords sont fondamentaux et historiques et leur application permettra de fortement réduire les risques de conflictualité et d’insécurité dans le monde. Tout d’abord, l’Accord de Paris est primordial à de nombreux égards. Pour la première fois, l’ensemble des pays du monde s’accordent sur une feuille de route commune et sur des objectifs limitant le réchauffement bien en dessous des 2 °C et allant vers la neutralité carbone dans la deuxième moitié du siècle. En plus de bénéficier à l’environnement, cette transition améliore les conditions de santé et de vie des populations, facteurs indispensables à la stabilité. Par ailleurs, l’Organisation internationale du travail estime que l’économie verte pourrait créer entre 15 et 60 millions d’emplois supplémentaires, sortir certaines personnes de la pauvreté et favoriser l’intégration sociale (Organisation internationale du Travail, 2012). Or, on note justement que l’absence de perspectives économiques mène à la déstabilisation de certains pays en développement. La réponse par l’économie verte permet donc à la fois d’augmenter la résilience environnementale et sociale de pays souvent confrontés à un chômage des jeunes endémique. Les Etats du Nord se sont également engagés à consacrer au moins 100 milliards par an d’ici à 2020 à la solidarité climatique internationale, dont une partie croissante pour l’adaptation. Ces financements sont des investissements essentiels pour la stabilisation du monde. Ils permettront aux pays les plus fragiles de faire face au dérèglement du climat en investissant dans l’adaptation et la résilience et en faisant le pari d’une économie plus verte. Les objectifs de développement durable contenus dans le Programme de développement durable (UN, 2015) adopté par les 193 États membres de l’ONU en 2015 établissent une feuille de route pour se diriger vers un développement durable et un monde en paix. L’agenda 2030 comprend 17 objectifs et 169 cibles qui intègrent de manière transversale toutes les dimensions du développement durable (économie, social, environnement) et visent à éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la prospérité pour tous (Ministère de la Transition écologique et solidaire, 2016). Les exemples présentés dans le premier chapitre ont montré que le dérèglement du climat et ses conséquences, notamment en termes de sécurité alimentaire, de santé ou d’inégalités, étaient susceptibles de déstabiliser des régions et de provoquer des conflits. Or, le respect des ODD (lutte contre la pauvreté et la faim, accès à la santé et à l’emploi, lutte contre les changements climatiques, épanouissement des vies terrestre et aquatique…) impose de mettre en œuvre des actions concrètes comme le partage équitable des ressources énergétiques, l’interdiction de la surpêche, ou la lutte contre la déforestation, autant de combats essentiels pour préserver la stabilité du monde et éviter les conflits. Par exemple, concernant la désertification (dont nous avons vu précédemment dans quelle mesure elle pouvait s’avérer déstabilisatrice pour les territoires), une cible dédiée vise à répondre à cet enjeu. Il s’agit de la cible 15.3 qui ambitionne de « lutter contre la désertification, restaurer les terres et sols dégradés, notamment les terres touchées par la désertification, la sécheresse et les inondations, et s’efforcer de parvenir à un monde sans dégradation des terres d’ici 2030 » (UN, 2015). En réalité, puisque la désertification est un événement à évolution lente (slow onset event) susceptible de déstabiliser lentement certaines régions du fait des conséquences indirectes provoquées (faim, chômage…), s’engager dans la restauration des terres dégradées ne permet pas uniquement d’atteindre la cible 15.3 mais participe à l’atteinte des objectifs 1 (pas de pauvreté), 2 (faim zéro), 8 (travail décent et croissance économique) ou encore 11 (villes et communautés durables). Un cercle vertueux de durabilité, de prospérité, et de stabilité se met en place dès lors que les efforts et investissements s’adressent aux véritables enjeux.


source de l'image de la page d'accueil : 360b / Shutterstock.com
Page Header
Paris, 16 December 2017